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L’impression 3d : une opportunité pour La Poste américaine ?

On peut sentir une vraie ferveur outre-atlantique pour les technologies d’impression 3D. Les industriels sont particulièrement incités à réfléchir à l’impact que pourrait avoir l’impression 3D sur leur activité. Cette semaine, le service postal américain (United States Postal Service – USPS), qui n’est plus financé publiquement contrairement à la France, vient de publier un rapport sur l’impression 3D, intitulé « If it prints, it ships : 3D Printing and the Postal Service ». On pourrait s’attendre à un rapport mitigé, mais en fait, les conclusions en sont très optimistes.

L’impression 3D est une technologie qui permet de produire un objet n’importe où. C’est une mini usine qui peut être implantée localement, à proximité de chez les clients finaux. Ainsi, il semblerait légitime de penser que les services de logistiques vont pâtir de l’arrivée de cette nouvelle technologie. Selon le rapport rédigé par l’inspection générale de l’USPS avec le concours de la société de conseil Christensen Associates, spécialisée dans les services postaux, l’impression 3D serait au contraire une opportunité qui pourrait générer à l’avenir plusieurs centaines de millions de dollars de chiffre d’affaires complémentaire. Comment expliquer cette lecture très positive de l’arrivée de l’impression 3D ? Plusieurs raisons à cela selon l’USPS :

  • l’USPS considère que sa plus grande force ne réside pas dans le transport massif sur longues distances, mais bien sur un réseau de livraison qui couvre le premier et le dernier kilomètre, ceux qui sont les plus compliqués à assurer et où elle a un réel actif.
  • Si la fabrication est faite dans un centre de production local, il faudra toujours assurer le premier et le dernier kilomètre de livraison. Selon le rapport, grâce à l’impression 3d, l’USPS aura plus d’activité dans la gestion de colis contenant un seul objet à destination d’un client final (hausse envisagée d’environ 18%), ce qui est le coeur de son savoir faire. Cela se traduira pour une génération de chiffre d’affaires de l’ordre de 485M$.
  • Si la production est faite à la maison, il faudra que le client s’approvisionne en matières premières. Et l’impact sur le chiffre d’affaires de l’USPS pourrait être encore plus intéressant dans ce dernier cas. Car l’USPS considère qu’elle pourrait alors acheminer des matières premières correspondant à des produits qui, sans l’impression 3D, auraient été achetés en magasin et non distribués via son réseau. Dans le scenario median, donc ni pessimiste ni optimiste, la génération de chiffre d’affaires serait de l’ordre de 727M$.

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Le rapport va ensuite plus loin pour envisager des impacts long terme de la technologie sur le métier de l’USPS et son évolution. 4 pistes y sont envisagées :

  • La Poste pourrait signer des partenariats avec des prestataires d’impression 3D et pourquoi pas installer des usines d’impression 3D à l’intérieur même de son réseau. Elle pourrait de plus gérer des micro-stocks tampons sur certains produits afin d’en garantir une livraison très rapide. Ainsi la Poste évoluerait du métier de transporteur à un métier de producteur et logisticien. Ceci lui permettrait de plus de valoriser un total de 5,6 millions de mètres carrés non utilisés dans son réseau actuel.
  • La Poste américaine voit un créneau porteur d’activité sur la mise en place d’un nouveau type d’opérations marketing ciblées, centrées sur des objets personnalisés, qu’elle pourrait livrer aux prospects. Elle pourrait d’ailleurs être force de proposition vis-à-vis des agences de marketing pour leur proposer des opérations, surtout si elle dispose d’unités de production locales qu’elle pourrait alimenter par ce biais.
  • L’impression 3D pourrait permettre de plus d’améliorer les opérations internes, en permettant la création d’outillage spécifique facilitant ou optimisant les tâches actuelles, ou encore en fabriquant des pièces de rechange pour ses véhicules de distribution, sans avoir besoin d’immobiliser les dits véhicules le temps de recevoir les pièces. Ceci pourrait aboutir à une réelle diminution des coûts.
  • Une dernière piste évoquée est aussi intéressante, même si probablement peu réaliste en l’état : devenir un tiers de confiance permettant de limiter les risques de contrefaçons en proposant une marketplace sécurisée en ligne, ou en proposant la livraison des fichiers numériques physiquement chez le client final plutôt qu’en téléchargement afin d’en éviter toute interception lors du transit sur le web. Ce dernier point semble un retour en arrière, et paraîtrait déconnecté d’une réalité qui est que l’un des intérêts du digital est l’instantanéité. Et que ça ne règlerait probablement pas la question puisqu’un client final peut ensuite faire ce qu’il veut du fichier en question. Ce sera probablement plutôt aux sociétés de trouver des solutions innovantes pour permettre de garder un contrôle sur l’utilisation faite de leurs modèles. Nous vous avons d’ailleurs déjà parlé de Authentise et Guardtime, 2 solutions de protection de la propriété intellectuelle des modèles 3D, dont l’objectif est de répondre très précisément à ce problème.

Ce rapport est donc d’un très (trop ?) grand optimisme sur l’avenir d’USPS dans un monde d’impression 3D. Une chose est claire, cette nouvelle technologie est désormais identifiée comme l’un des axes de changement majeur du métier de l’USPS dans les années à venir. Afin de pouvoir transformer cette vision en réalité, l’USPS va certainement devoir monter en compétences sur les nouvelles technologies et créer une cellule d’étude plus aboutie, afin de pouvoir mieux quantifier les impacts année après année. L’une des frustrations de ce rapport est qu’il ne donne aucune notion de temps. Il est plutôt une sorte de cri de ralliement autour d’un possible projet commun. Il devrait donc se passer des choses intéressantes à  l’USPS dans les mois à venir.

Côté Français, comme c’est d’ailleurs rappelé dans le rapport, La Poste a signé un partenariat avec Sculpteo afin de tester des services d’impression 3D dans certains de ses bureaux de Poste. Comme nous l’a dit Clément Moreau lors d’une rencontre, cette initiative a été encourageante pour La Poste qui a pu ainsi augmenter le trafic dans ses agences équipées en proposant un nouveau service de proximité. L’opération a d’ailleurs été étendue à d’autres agences du réseau depuis.

Vous pouvez retrouver le rapport complet du United States Postal Service sur le site de l’Inspection Générale de l’USPS.

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A propos de Frederic Allard

Diplômé de l’Ecole Centrale Paris où j’ai suivi une spécialisation en Génie Industriel, j’ai par la suite créé plusieurs sociétés, dans le monde du conseil puis dans le Digital. Je suis actuellement Consultant en stratégie d'intégration d'innovations technologiques comme l'impression3D dans les entreprises, au sein de la société Septine. Je suis persuadé que la digitalisation des outils de production (et donc l'impression 3D) va induire de profonds changements dans la vie des industriels, des logisticiens et finalement dans nos vies au quotidien.