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A la découverte de Stratasys et de son siège Européen

Disclaimer : Plutôt qu’une interview d’Eric Bredin, nous avons préféré vous proposer une lecture subjective de notre visite. Les avis et opinions exprimés ci-dessous ne sont donc pas l’expression des positions officielles du Groupe Stratasys, mais plutôt notre interprétation subjective de ce que nous avons vu, entendu lors de cette visite, et lu par ailleurs.

Nous avons été invités à visiter le siège européen de Stratasys par Eric Bredin, précédent Directeur Marketing EMEA de Stratasys et actuellement Manager de certains pays de cette zone dont la France. A l’arrivée dans le siège européen de Stratasys à Baden Baden, une chose surprend : Pourquoi cet emplacement dans une petite ville à la frontière en l’Allemagne et la France ? Un choix historique, fait par le fondateur de la société Objet qui venait à titre personnel régulièrement à Baden Baden. Et un choix stratégique aussi d’être un acteur ayant un poids local fort plutôt qu’un petit acteur dans une grande ville comme Francfort. Ce choix a d’ailleurs été confirmé par la nouvelle entité Stratasys Objet puisqu’ils construisent de nouveaux locaux à quelques centaines de mètres de leurs locaux actuels. La croissance est très forte et l’équipe grossit rapidement.

A Baden Baden, Stratasys regroupe ses fonctions EMEA (Europe Middle East Africa) et propose un Benchmark Center, qui travaille en étroite collaboration avec tout le réseau EMEA de distributeurs Stratasys. Il regroupe les principales machines des technologies FDM et PolyJet afin de pouvoir tester certains projets sur ces machines. C’est Hannes Kalz, le responsable du centre de Benchmark qui nous le fait visiter, en commençant par les machines Objet, plutôt utilisées pour du prototypage actuellement. Ce qui n’empêche pas les équipes du Benchmark Center de pousser cette utilisation et de travailler sur un projet de babyfoot personnalisable qui sera donné à un hôpital pédiatrique anglais dans le cadre d’une opération caritative. Mais chut, on ne peut pas en parler…

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Objet 500 Connex 3 de Stratasys – multimatériaux et multicolore

Place ensuite à la salle d’essais des machines FDM (Fused Deposition Modeling). On y retrouve donc des machines Fortus qui sont plus adaptées pour la production d’outillages industriels, permettant d’utiliser des matériaux à très forte résistance mécanique et/ou thermique, comme le PC ou le ULTEM.

Stratasys aujourd’hui, ce sont à peu près 1900 personnes réparties dans le monde, nous apprend Eric Bredin. Stratasys est l’un des leaders de la fabrication de machines d’impression 3D, professionnelles ou personnelles. En effet, la société Stratasys a beaucoup évolué en 3 ans, du fait principalement d’une stratégie très active de fusion acquisition :

  • En mai 2011, Stratasys acquiert Solidscape, société spécialisée dans les machines de fabrication additive pour le secteur dentaire.
  • En décembre 2012, la société Stratasys fusionne avec Objet. Ce sont à cette date deux des 3 plus grosses sociétés du secteur qui décident ainsi de fusionner pour donner naissance à un leader. Le siège social de la société est alors officiellement transféré en Israel, à l’ancien siège d’Objet.
  • En Juillet 2013, la société Stratasys annonce le rachat de la société Makerbot Industries, leader sur le secteur des imprimantes 3D personnelles, avec une part de marché proche des 30%…

principales-acquisitions-stratasys-2011-2014Alors comment se passe l’intégration des différentes marques, à quoi ressemble Stratasys aujourd’hui et vers quoi la société va-t-elle évoluer demain ?
Stratasys fait aujourd’hui coexister 4 écosystèmes différents au sein de son groupe, relativement indépendants les uns des autres :

  • La vente de machines de fabrication additive professionnelle à destination de l’industrie, sous ses marques Fortus, uPrint et Objet. C’est là le métier de base du groupe. Pour le moment, les machines PolyJet sont plutôt recommandées pour du prototypage fonctionnel du fait des matériaux accessibles, de la finesse du rendu et du travail possible sur la rigidité et la couleur. Stratasys pousse ainsi la technologie FDM vers la production de pièces finales, principalement pour de l’outillage. Le FDM ne présente pas forcément les meilleurs rendus de surface mais les pièces produites peuvent subir différents types de traitements de post-production si nécessaire. Et dans le cadre du FDM, Stratasys a développé une large gamme de thermoplastiques lui permettant de répondre à de nombreux besoins industriels. Par exemple, l’ULTEM qui a été développé pour garantir aux pièces produites une très grande résistance à la fois mécanique, thermique et chimique. Ces matériaux ont été certifiés. Et Stratasys considère que sa technologie FDM, alliée à ses solutions logicielles professionnelles et à la gamme de matériaux qu’elle propose, devient un outil précieux pour les industriels. La stratégie de distribution pour les deux marques est la même: Stratasys travaille avec un réseau de distributeurs externes, qui sont formés, certifiés et très suivis.
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Exemple d’outillage industriel développé par BMW en impression 3D
  • La marque Solidscape qui se destine à un public très identifié et qui garde une certaine indépendance pour le moment. Le réseau de distribution est très spécifique à son secteur d’activité. C’est une des raisons pour lesquelles Stratasys n’a pas encore cherché à pousser un rapprochement avec les deux autres marques professionnelles.
  • La marque RedEye sous laquelle Stratasys vend de la prestation de prototypage ou de production de pièces. Cette marque vient d’être renforcée par l’acquisition de 2 gros prestataires que sont Solid Concepts et Harvest Technologies. Redeye est plutôt présente aux Etats Unis, pour le moment pas vraiment en Europe. Si Stratasys souhaitait renforcer ce segment en Europe, une des rares cibles de taille suffisante serait Materialise, qui vient de faire une IPO.
  • La marque Makerbot, à destination du grand public, qui produit la fameuse gamme d’imprimantes 3D Replicator. Le réseau de distribution pour ces dernières est très différents des réseaux de distribution professionnels puisqu’il faut moins chercher la certification et la connaissance produit, mais plutôt le reach.

Ces 4 métiers coexistent donc actuellement au sein d’un même groupe, sans forcément avoir poussé les synergies possibles. Ces synergies semblent potentiellement très importantes. En effet, un premier niveau de synergie pourrait être atteint en imbriquant mieux les gammes professionnelles et personnelles. C’est un exercice d’une grande complexité car les ADN des deux marques sont opposés : l’une portée par le visionnaire Bre Pettis, l’une des icônes du mouvement Maker, avec une approche grand public qui doit être tournée vers le rêve et le fun, l’autre portée par une équipe de management solide, qui rentre dans une démarche industrielle où ses produits doivent répondre à des cahiers des charges de clients souvent drastiques. Le fun est alors remplacé par les certifications ou la recherche de propriétés techniques extrêmes. En mêlant les qualités de ces deux mondes pour essayer d’atténuer la frontière qui peut les séparer, Stratasys pourrait alors s’assurer un avenir radieux. Mais la tâche n’est pas aisée et prendra du temps.

L’acquisition de Makerbot Industries par Stratasys s’est faite car Makerbot était dans la position de leader de son secteur, avec une dynamique très positive. Il s’avère que Makerbot utilise de plus la technologie FDM, que Stratasys maîtrise puisqu’elle l’a mise au point. Y a-t-il alors un risque de cannibalisation des ventes des machines de FDM Stratasys par Makerbot ? La réponse d’Eric Bredin est claire : le risque est minimal, et l’existence de Makerbot est bien plus une opportunité qu’un risque et ce pour deux rasions principales :

  • Les machines Makerbot permettent d’acheter une machine d’impression 3D pour un coût faible, afin de tester la technologie et se familiariser avec l’univers de l’impression 3D.
  • Les machines Makerbot restent aujourd’hui limitées par rapport aux machines professionnelles, tant au niveau logiciel qu’en termes de gamme de matériaux accessibles.
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Gamme des nouvelles imprimantes 3D de Makerbot Industries – Mini, Desktop et Z18

On pourrait donc faire le parallèle ici avec l’impression 2D. Même si de nombreux foyers ou professionnels sont aujourd’hui équipés, ils n’ont pas accès chez eux à des machines de standard professionnel. Pour faire des impressions d’édition professionnelle, ils passent par un imprimeur, qui a la technologie, les encres et la suite logicielle ou le matériel de finition permettant de garantir un rendu optimisé. Ainsi, un professionnel qui achète aujourd’hui une Makerbot sera très probablement rapidement un client de machines ou de services professionnels. Et il peut être naturel pour quelqu’un qui maîtrise la technologie FDM de rester dans l’univers du FDM (dépendant bien entendu de l’utilisation qu’il souhaite en avoir).

Les synergies entre la partie professionnelle de Stratasys et Makerbot pourraient probablement aussi aller dans l’autre sens. Mettre sous licence la technologie PolyJet chez Makerbot Industries pourrait faire du sens, car la technologie PolyJet est un peu l’équivalent des technologies d’imprimante 2D que l’on a dans nos foyers, et que c’est peut-être celle qui présentera le plus large éventail de choses réalisables avec des supports de pièces faciles à enlever. Pour le moment, cette question ne semble pas sur la table.

Des synergies intéressantes pourraient aussi être trouvées au niveau logiciel entre les activités professionnelles et grand public de Stratasys. En effet, Makerbot développe des plateformes pour le grand public qui pourraient être très pertinentes pour un public professionnel dans certains types d’utilisations. Cela pourrait de plus permettre à Stratasys de créer un écosystème professionnel fermé potentiellement très intéressant.
De nombreuses autres synergies pourraient être (et seront) ainsi trouvées, avec les marques RedEye et Solidscape.

En dressant cet état des lieux, on sent qu’une machine de guerre est en marche, et qu’elle va continuer à pousser la croissance du secteur. Mais pour le moment, entre PolyJet et FDM, Stratasys reste sur des technologies principalement plastiques. Pourtant, Wohlers Associates rapporte dans son rapport annuel que le secteur de l’impression 3D métal est en pleine explosion, principalement pour de la production de pièces finales. Le développement de l’activité de production de pièces finales étant stratégique pour Stratasys, n’y aurait-il pas un intérêt à regarder dans cette direction ? Bien évidemment, les clients de ces technologies étant aussi les secteurs aéronautiques, aérospatial ou médical, déjà clients de Stratasys, il y aurait du sens à pouvoir leur proposer une gamme de technologies qui puisse répondre à tous leurs besoins. Et Stratasys a de la trésorerie (500 millions de $ à la clôture du second trimestre 2014). Mais le nombre d’acteurs n’est pas élevé, et il faut être deux pour faire une transaction, donc Eric Bredin ne nous dira rien. Il nous rappelle tout de même que l’un des intérêts de limiter le nombre de technologies est que l’on peut investir massivement sur ce petit nombre pour les faire évoluer très vite.
Dans leur stratégie d’acquisition, avoir racheté deux importants service providers en avril marque aussi la volonté de Stratasys de continuer à approfondir sa connaissance du secteur, des technologies et de l’adéquation de ces dernières avec l’évolution des besoins des clients.

Alors quel avenir peut-on essayer de prédire à ce géant du secteur. Un avenir rose assurément. Il part en effet avec certains atouts :

  • 2 technologies principales, permettant ainsi d’investir massivement sur chacune pour les faire évoluer rapidement dans le sens que souhaitent leurs clients
  • Une position de leader à la fois dans le monde professionnel et dans l’univers des imprimantes 3D grand public, avec des marques installées profitant d’une dynamique très positive
  • Une richesse de points de vue et de visions sur les mêmes technologies entre celui de Bre Pettis pour la partie grand public et celui de Scott Crump pour les usages professionnels.

Mais la société présente aussi quelques points qui pourraient être vus comme négatifs :

  • Des synergies pour le moment peu poussées entre les différentes marques, hormis Stratasys et Objet
  • Des technologies qui se limitent au plastique, ne permettant pas à Stratasys de répondre de manière complète aux besoins de ses clients
  • Une approche très (trop?) professionnelle de l’impression 3D professionnelle, qui tranche à la fois avec l’approche du marché grand public de Makerbot et Bre Pettis, et avec l’approche du secteur industriel de 3D Systems. Est-ce cet aspect peut-être plus austère de Stratasys dans sa communication qui explique les différences de valorisation entre 3D Systems et Stratasys en bourse, 2 sociétés à la taille et à la dynamique pourtant similaires. 3D Systems joue beaucoup plus la carte du show-off allant jusqu’à nommer Will.i.am Chief Experience Officer. Sans aller chercher trop loin, Stratasys va probablement vouloir continuer à construire sur la personnalité de Bre Pettis, peut-être au-delà de la marque Makerbot ?

Et quoiqu’il en soit, Stratasys va continuer ses efforts permanents pour faire évoluer son triptyque « Technologie – Matériaux – Logiciel » la production de pièces finales, que ce soit par production directe ou par production indirecte (à partir de moules imprimés en 3D ou de formes imprimées en 3D).

Nous abordons finalement une dernière question : est-ce vraiment les technologies qui sont limitantes aujourd’hui ? La réponse d’Eric Bredin est claire : « Les limites à notre croissance viennent beaucoup plus de la capacité des industriels à comprendre ce que l’impression 3D va pouvoir leur apporter et de la conduite de ce changement à réaliser, que des technologies elles-mêmes. Les technologies alliées à nos matériaux et nos solutions logicielles sont capables de beaucoup. » En revanche, il nous rappelle aussi qu’un vrai reality check est souvent nécessaire, car elles ne sont pas non plus les technologies miraculeuses que l’on peut lire dans certains medias.
Une chose  est sûre, Eric Bredin est un homme serein et confiant quant à l’avenir de sa société et de l’impression 3D en général.

Merci à Eric Bredin et Hannes Kalz pour leur chaleureux accueil.

 

A propos de Frederic Allard

Diplômé de l’Ecole Centrale Paris où j’ai suivi une spécialisation en Génie Industriel, j’ai par la suite créé plusieurs sociétés, dans le monde du conseil puis dans le Digital. Je suis actuellement Consultant en stratégie d'intégration d'innovations technologiques comme l'impression3D dans les entreprises, au sein de la société Septine. Je suis persuadé que la digitalisation des outils de production (et donc l'impression 3D) va induire de profonds changements dans la vie des industriels, des logisticiens et finalement dans nos vies au quotidien.