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Interview de Brian Garret, co-fondateur de 3DHubs

3DHubs est depuis quelques mois au centre des projecteurs de l’impression 3D. Ils viennent de lever 4,5M$ pour financer leur développement et ont été récompensés du trophée « Best in Show » lors du 3D PrintShow de Londres.
Nous avons pu rencontrer Brian Garret, co-fondateur de 3DHubs afin de pouvoir mieux connaître ce réseau qui a su s’imposer en l’espace d’un an comme un acteur à part entière du secteur. Nous avons donc pu lui poser nos questions :

Bonjour Brian, pouvez-vous nous présenter 3DHubs avec vos propres mots ?

Nous avons commencé à travailler sur 3DHubs il y a 2 à 3 ans. Bram et moi avons eu l’idée de cette activité alors que nous travaillions chez 3D Systems. Ce que nous voyions était que l’impression 3D devenait de plus en plus populaire, mais que les machines n’était pas utilisées à plein par leurs propriétaires. Nous avons donc fait des recherches, nous avons parlé à des propriétaires de machines d’impression 3D. Les machines étaient en moyenne utilisées de 5 à 10 heures par semaine, donc la majeure partie du temps, les imprimantes 3D n’étaient pas utilisées. C’est donc là que nous avons défini notre projet de créer un simple réseau de mise en contact entre des propriétaires de machines et des gens qui souhaitent faire imprimer des objets.
A cette période, nous travaillions toujours pour 3D Systems, mais nous avons tout de même choisi de nous inscrire à la sélection de projets d’un accélérateur néerlandais, Rockstart. Chaque année, ils reçoivent 400 candidatures mais n’ont que 10 places à offrir. Nous avons suivi tout le process (business plan, interviews…). Quand nous avons été sélectionné parmi les 25 projets finalistes, même si nous n’avions pas encore la certitude d’intégrer l’accélérateur, mais nous avons décidé que le projet avait suffisamment de substance pour que nous décidions d’en parler à 3D Systems. 3D Systems a alors accepté de nous laisser partir pour monter 3DHubs. Quelques semaines plus tard, nous avons finalement intégré l’accélérateur en février 2013. Nous avons pu bénéficier de beaucoup de coaching avec des très bons mentors, nous avons eu accès à de l’espace de bureau, nous avons été sensibilisés aux principes de la lean startup. Tout cela nous a permis de valider rapidement l’idée et le projet a commencé à vraiment démarrer, d’abord à Amsterdam, puis à Anvers, Londres, Berlin, Los Angeles… 3DHubs a très vite grandi son réseau, beaucoup plus rapidement que nous ne l’avions prévu.
Donc en quelques mots simples, 3DHubs connecte des gens entre eux.

N’avez-vous pas souhaité faire monter 3D Systems dans votre capital ?

Nous en avons discuté au début avec eux, mais le projet était trop amont pour que nous les intéressions.

Qui sont les utilisateurs de 3DHubs ? Des particuliers ou des professionnels ?

C’est à peu près du 50/50. Nous voyons beaucoup d’étudiants faire des prototypes de leurs projets scolaires. Mais nous voyons aussi beaucoup de professionnels, designers produits avec des projets complexes. Donc c’est vraiment du 50/50. Les professionnels sont principalement des architectes, des designers, des gens qui font du développement produit. Du côté particulier, ce sont donc plus des étudiants, ou des gens qui créent leurs propres cadeaux, comme par exemple des bijoux.

Voyez-vous commencer à émerger la production de petites séries de produits finis ?

Je ne sais pas si vous avez vu notre partenariat avec Fairphone, c’est exactement l’exemple d’un produit dont le design a été validé et que nous produisons sur notre réseau. Nous en imprimons des centaines par semaine, tous identiques en dehors de la couleur qui peu varier.
A part ce projet, c’est une tendance émergente sur notre réseau. Ca arrive de plus en plus avec des designers qui souhaiteraient commander 5 ou 10 pièces d’un même objet, ou encore avec des porte-clés. Mais nous restons tout de même principalement sur des projets à commande unique.

Ci-dessous une vidéo présentant le partenariat signé entre Fairphone et 3DHubs :

Quel est le niveau de fidélité de vos utilisateurs ?

Avec l’impression 3D, on n’imprime pas forcément un objet tous les jours, ou au bout d’un moment, on réfléchit à s’équiper d’une machine. C’est une chose que nous avons donc encore du mal à mesurer. En revanche, nous mesurons la satisfaction de nos clients par des enquêtes client. Nous leur demandons de donner une note globale de leur expérience 3DHubs après qu’ils aient reçu leur objet imprimé en 3D : la qualité, la communication au long du process, la rapidité, le service. En se basant là-dessus, nous avons l’impression que nos utilisateurs aiment le service rendu par 3DHubs, et ils ont de plus la possibilité de nous faire leurs retours en direct. Cela nous a permis de recevoir une note moyenne de 4,8 sur 5 qui est très élevée. Tout le monde dans la société est en contact avec les clients. Bram et moi continuons à faire de temps en temps de la relation client, des prises de commandes.
Nous voyons ainsi des gens en effet revenir quelques semaines plus tard pour ré-imprimer un nouvel objet. De manière générale, nous n’avons pas à nous plaindre de notre taux de rétention.

Voyez-vous des acheteurs finalement s’équiper d’une machine et devenir fournisseurs sur le réseau 3DHubs ?

Oui cela arrive. Par exemple, pour certaines machines, il est possible d’imprimer en 3D certaines pièces de structure de la machine. Ainsi des gens impriment ces pièces, montent leur machine et s’inscrivent ensuite sur 3DHubs pour proposer leurs services à la communauté. C’est très intéressant à observer.
Une autre tendance est que les gens viennent faire un benchmark des machines avant de décider laquelle acheter. Ils font donc imprimer un même objet sur 5 machines différentes pour pouvoir comparer la qualité de rendu de l’impression. Ensuite ils achètent la machine qui les a le plus convaincu et viennent s’inscrire sur 3DHubs.
L’avantage dans ces deux cas est que ces gens connaissent 3DHubs avant même d’être équipés, donc il est plus facile et naturel pour eux de venir s’inscrire sur le service.

Qui considérez-vous comme votre principal concurrent ?

A court terme, la réponse est Shapeways, iMaterialise ou Sculpteo. Ce sont des services qui vous proposent d’imprimer à distance vos objets de la même manière que nous.
Nous avons une vraie différence avec ces services centralisés, c’est  que nous sommes un réseau avec une couverture géographique beaucoup plus fine. Et c’est là l’une des principales promesses de l’impression 3D : pouvoir produire près de chez soi pour limiter la logistique et l’impact écologique de la production et du transport. Ainsi à plus long terme, la notion de concurrence pour nous devrait évoluer.

Pensez-vous ouvrir au sein de 3DHubs un espace boutique qui permettrait à des designers de vendre leurs créations, comme c’est le cas sur Shapeways ?

Nous avons récemment ouvert une API, que nous utilisons aujourd’hui dans le cadre de notre partenariat avec FairPhone. Cette API doit nous permettre de nous brancher sur des sites de e-commerce existants. C’est l’approche que nous privilégions aujourd’hui.

Vous venez de lever 4,5M$ – Quels grands chantiers cet argent devrait financer dans les mois à venir ?

Une large part de ce montant va nous aider à renforcer notre équipe, et principalement sur le développement produit, le support client car nous faisons face à de plus en plus de commandes, et le business development. Nous avons deux bureaux, un à Amsterdam et un à New York que nous venons d’ouvrir. Et ouvrir un bureau à New York nécessite beaucoup de fonds.
Ensuite notre objectif est de rendre la plateforme plus intelligente. Quand un acheteur potentiel uploade un modèle 3D, nous voulons rendre le process de commande très simple. En mettant de l’intelligence dans notre plateforme, comme l’analyse et la réparation de fichier pour une meilleure impression, nous pourrions même lui dire quel est le meilleur choix d’imprimante 3D et de matériau pour imprimer l’objet souhaité. Cela permettrait de rendre l’expérience beaucoup plus fluide et simple. Dans l’impression 3D aujourd’hui, il y a beaucoup de technologies différentes, chacune avec ses spécificités, ses matériaux, ses possibilités de post-production… Il nous semble donc important d’aider l’acheteur à s’y retrouver et à lui offrir la meilleure expérience possible.

Voyez-vous une évolution au sein du réseau 3DHubs qui serait liée à la notation des machines, une sorte de sélection naturelle qui donnerait un avantage certain aux machines les mieux notées et qui ferait fuir les machines les moins bien notées ?

Nous avons eu quelques surprises principalement. Nous ne regardons dans nos trends reports que les imprimantes 3D les mieux notées. Pour y apparaître, une imprimante 3D doit avoir reçu suffisamment de notes afin de ne pas disqualifier une imprimante ou l’encenser uniquement sur la base de quelques notes. Dans cette liste, nous avons eu quelques surprises, dont la principale a été l’imprimante 3D de Zortrax, qui est pas chère, produite en Pologne et qui donne une qualité d’impression très intéressante.
Nous prévoyons d’ouvrir de plus en plus de statistiques dans nos trends reports, mais nous ne veillons et veillerons à ne pas détruire la réputation d’un fabricant de machines sur la base de quelques retours clients. Nous continuerons à ne publier des résultats que sur des imprimantes pour lesquelles le nombre de notations est significatif.

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Dans le cadre du partenariat avec FairPhone, vous avez mis en place une certification pour les imprimantes du réseau qui souhaitent participer à la production de ces coques. Est-ce que cette fonctionnalité est amenée à être généralisée sur 3DHubs pour mieux garantir une qualité à un public professionnel ?

C’est quelquechose que nous sommes en effet en train de tester actuellement. Pour FairPhone ça a vraiment très bien fonctionné. Nous travaillons également sur ce principe avec deux nouveaux partenaires. C’est pour nous un bon moyen d’avoir une meilleure emprise sur notre réseau, et aussi d’éduquer les gens qui proposent leurs services d’impression à la façon d’obtenir de meilleurs résultats en modifiant parfois certains réglages machine. Nous essayons par ce biais de les aider à mieux connaître leur machine, et à augmenter la qualité des impressions 3D qu’ils vont donc être capables de faire.

Que faites-vous actuellement sur la protection intellectuelle, pour vous assurer qu’il n’y a pas de contrefaçon faite par le biais du réseau 3DHubs ?

Dans nos conditions d’utilisation, nous avons des sections qui mettent la responsabilité du côté de celui qui passe la commande et uploade le fichier. J’imagine que nous allons être amenés à développer dans le futur un système de reconnaissance de formes qui nous permettra de mieux surveiller, mais nous n’avons à ce jour jamais eu de problème.

L’impression 3D : évolution ou révolution ?

On parle de l’impression 3D comme de la 3ème révolution industrielle… La façon dont je vois les choses est que ce qui est arrivé aux industries de la musique et du film avec l’arrivée d’Internet devrait arriver aux produits. AU fur et à mesure des avancées technologiques, on voit que la production d’un produit reviendra à appuyer sur un simple bouton « start » et ‘objet sera créé par une machine, selon les plans définis par un modèle 3D digital. A un certain point, cela signifiera que toute une catégorie de produits pourrait devenir disponible par simple téléchargement, ou abonnement comme c’est le cas pour la musique et le film. C’est donc un écosystème très différent de celui en place actuellement qui va devoir être créé de toute pièce. L’écosystème de production traditionnelle et celui de production digitale vont coexister à l’avenir, car vous aurez de manière naturelle toujours besoin de moyens de production de masse. Mais pour certains produits, certaines pièces, nous voyons vraiment l’impression 3D devenir le moyen de production naturel car il est potentiellement moins coûteux, plus vert et il crée une expérience plus aboutie pour le consommateur.
Donc nous devrions voir dans les 5 à 10 ans à venir une augmentation massive de gens qui vont se mettre à l’impression 3D (professionnels et particuliers).

Quelle est la chose la plus folle que vous ayez vue produite sur le réseau 3DHubs ?

Il y a beaucoup de surprises dans les objets que les gens souhaitent imprimer sur le réseau. Une des choses qui m’a le plus marqué est la prothèse de main E-Nable, dont plusieurs ont été produites via 3DHubs. C’est une prothèse réalisée sur une machine FDM, qui permet d’avoir accès à une prothèse pour un coût très peu élevé.
Une autre chose qui m’a beaucoup surpris est l’adoption par nos utilisateurs de notre mascotte Marvin, et toutes les déclinaisons différentes faites de cette mascotte par notre communauté, qui se l’est vraiment appropriée. Et c’est c’est vraiment très sympa.

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Quel est le meilleur conseil que l’on vous ait donné pour monter 3DHubs ?

Pour être franc, il y en a 2 qui me viennent à l’esprit :
– Sortir de sa zone de confort : même si ça peut paraître parfois insurmontable, c’est la que la magie opère.
– Bien construire son équipe : On ne peut pas faire grand chose en restant tout seul. Il est donc important de trouver les bonnes personnes avec qui vous allez avoir envie de travailler, et qui vont parfaitement s’adapter à la culture de l’entreprise. Nous avons été très fier cet été quand nous avons réuni notre équipe qui nous a fait passer un message unanime que tous appréciaient énormément leur expérience 3DHubs.

3DHubs a ouvert lancé son réseau en France il y a quelques mois. Vous pouvez retrouver la communauté 3DHubs pour imprimer vos objets en 3D à Paris.

Un grand merci à Brian pour cette discussion très intéressante.

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A propos de Frederic Allard

Diplômé de l’Ecole Centrale Paris où j’ai suivi une spécialisation en Génie Industriel, j’ai par la suite créé plusieurs sociétés, dans le monde du conseil puis dans le Digital. Je suis actuellement Consultant en stratégie d'intégration d'innovations technologiques comme l'impression3D dans les entreprises, au sein de la société Septine. Je suis persuadé que la digitalisation des outils de production (et donc l'impression 3D) va induire de profonds changements dans la vie des industriels, des logisticiens et finalement dans nos vies au quotidien.