Accueil » Highlights » Perspectives de l’impression 3D (3/6) : l’adoption de l’impression 3D par le grand public

Perspectives de l’impression 3D (3/6) : l’adoption de l’impression 3D par le grand public

Dans ce troisième post de la série sur les perspectives de l’impression 3D, nous allons nous intéresser à la possibilité de son adoption par le grand public, ses atouts et les enjeux auxquels elle fait face.

On voit bien que l’impression 3D, ou la digitalisation de l’outil de production, est pleine de promesse, ne serait-ce déjà que par son adoption par bon nombre de secteurs industriels. Elle leur permet en effet une plus grande flexibilité ainsi qu’une meilleure personnalisation des produits vendus. Elle leur permet aussi d’explorer la fabrication d’objets jusqu’alors irréalisables avec les outils de production industriels.
Cette technologie va-t-elle faire son entrée dans nos maisons et nous permettre de produire tout ce dont nous pourrions avoir besoin ?
Comme pour toutes les nouvelles technologies, l’adoption ne se fera vraisemblablement pas d’un coup. Elle s’étalera sur plusieurs temps. Actuellement, nous arrivons à la fin du premier temps qui est celui des early adopters. Et nous entrons dans le deuxième temps qui va être celui de l’Education et des Prosumers.

Le monde de l’Education va vraisemblablement de plus en plus s’équiper en imprimantes 3D afin de familiariser les élèves avec ces nouvelles technologies. L’investissement est devenu suffisamment raisonnable pour permettre de le prévoir dans les budgets, et l’impression 3D amène un aspect ludique et une forme de magie qui ne pourra qu’intéresser les élèves.

imprimante-3d-ecole-2

Pour les prosumers, côté impression, deux solutions sont offertes :
Les outils à leur disposition sont en train de changer et de devenir de plus en plus accessibles. Tout d’abord en termes de prix. Il est en effet aujourd’hui possible de trouver des imprimantes 3D à moins de 500€ et de nombreux projets voient le jour sur des plateformes comme Kickstarter dont le but est de lancer de nouvelles imprimantes toujours moins cher, plus performantes et plus ergonomiques. Comme pour le Web, on se rend compte que l’innovation vient de ces nouveaux projets, et pas forcément des sociétés déjà en place sur le secteur de l’impression 3D.
Nous pouvons donc citer ici quelques exemples :
– L’imprimante Zim de Zeepro qui nous promet une révolution ergonomique.
– L’imprimante Atom (Taiwan) qui a atteint son objectif de levée en 4j sur une plateforme de crowdfunding taïwanaise

Imprimante 3d Atom, financée en 4 jours sur une plateforme de crowdfunding
Imprimante 3d Atom, financée en 4 jours sur une plateforme de crowdfunding

Quant à ce que vous pourriez imprimer, plusieurs solutions s’offrent à tout un chacun :
– Les plateformes de partage de fichier tout prêts à imprimer. On peut citer l’exemple de Thingiverse, la plateforme mise en place par la société Makerbot, qui permet la mise à disposition à la communauté des fichiers que l’on aura pu créer. Ou encore un autre modèle de plateforme : Shapeways, Sculpteo, Ponoko, iMaterialise… Ce sont des plateformes de partage de fichiers qui proposent l’impression de vos création ou des créations d’autres personnes sur des imprimantes professionnelles. Vous choisissez le matériau et ils impriment et vous envoient l’objet imprimé.

– Les services comme Makexyz, qui répertorient les imprimantes 3d autour de vous. Vous pouvez alors demander un devis à un des possesseurs d’imprimante 3d pour qu’il vous fasse l’impression. L’intérêt ici est la proximité réelle entre vous et le lieu où sera faite l’impression, et donc des délais probablement plus courts, si bien entendu le maillage d’imprimantes est suffisamment fin.

– Certaines chaînes de magasins proposent que vous imprimiez vos objets en 3d pendant que vous faites vos courses (Auchan l’a par exemple mis en place dans un magasin test).

Comme pour Internet, il est probable que tant que la technologie reste assez chère, on ait des « 3D Cafés » (parallèle avec les Internet Cafes) qui se développent et mettent à votre disposition du matériel. Ces ateliers existent déjà dans un format associatif avec le concept de FabLab qui vient de MIT. Ce sont des endroits où l’ont peut aller pour réaliser ces projets de Maker.

Mais un certain nombre de problèmes restent à résoudre avant de rendre cette adoption de masse possible :
– Réduction du prix: les prix proposés pour les modèles d’imprimante pour les particuliers vont de moins de 300€ à 2500€ environ. C’est encore un prix élevé que peu de gens seront prêts à payer
– Une plus grande stabilité et robustesse ainsi qu’un meilleur support technique
– Une faible offre d’objets à imprimer. Ici se posent deux problèmes : la communauté est pour le moment petite et développe des choses qui ne sont pas toujours utiles ou facilement évolutives, et une vraie question de la gestion des droits à la propriété se pose sur de nombreux modèles. Nous y reviendrons tout à l’heure. Si vous n’êtes pas créatif, vous aurez vite fait le tour en quelques semaines des quelques objets actuellement sympa à imprimer et disponibles librement sur le Web.
– Le prix des matières premières et leur diversité. En effet s’il est possible dans le monde professionnel d’imprimer plus de 200 matériaux différents allant du plastique à la céramique en passant par le métal, le bois, la pierre, le sucre, etc…, il n’est pour le moment officiellement possible d’imprimer que du plastique sur les imprimantes les plus faciles d’accès.
– La qualité et la durée des impressions : Même si Makerbot se targue d’une résolution de 100 microns, à cette résolution les imperfections dues à la fabrication couche par couche sont encore très visibles, et les temps de fabrication sont très longs.
– Les logiciels de modélisation doivent devenir plus intuitifs et grands publics, et la technologie des scanners 3D doit se développer afin de permettre à tout un chacun de pouvoir facilement devenir le créateur qu’il ne peut pas être si les outils sont trop complexes à appréhender.

Scanner Fuel 3d dont le développement est financé via Kickstarter
Scanner Fuel 3d dont le développement est financé via Kickstarter

– Last but not least, la toxicité de la fusion des matériaux dans le Fused Deposition Modeling (FDM), en particulier avec le PLA, fait qu’il est déconseillé de faire fonctionner une imprimante 3D basée sur le FDM dans un espace de vie. Il est préférable de l’installer dans un espace spécifique et bien aéré, pas forcément simple à trouver dans un appartement parisien par exemple…

Tous ces éléments font que l’impression 3D reste encore pour le moment destinée à un public averti, qui connait les limites de la machine, qui n’hésite pas à faire des interventions dessus pour la réparer ou la faire évoluer, et qui dispose d’un endroit adapté pour la faire fonctionner. Les imprimantes actuelles ne sont pas encore suffisamment des objet plug and play pour permettre une adoption massive.

Au fur et à mesure que ces barrières vont être levées, de plus en plus de gens seront à même de s’équiper et de profiter pleinement des atouts que pourra présenter l’impression 3D. Un autre facteur qui pourrait être un vrai driver d’adoption sera les économies qu’un ménage pourra éventuellement faire en produisant lui même un certain nombre d’objets nécessaires au fonctionnement de la vie d’une Maison. Nous y reviendrons dans un prochain post.

Retrouvez les autres posts de la série :
D’où vient l’impression 3D ?
Les industries qui utilisent l’impression 3D
Les financements publics et privés qu’attire l’impression 3D
Les questions de propriété intellectuelle
Synthèse

N’hésitez pas à nous suivre sur Twitter pour être tenu au courant des actualités de l’impression 3d.

A propos de Frederic Allard

Diplômé de l’Ecole Centrale Paris où j’ai suivi une spécialisation en Génie Industriel, j’ai par la suite créé plusieurs sociétés, dans le monde du conseil puis dans le Digital. Je suis actuellement Consultant en stratégie d'intégration d'innovations technologiques comme l'impression3D dans les entreprises, au sein de la société Septine. Je suis persuadé que la digitalisation des outils de production (et donc l'impression 3D) va induire de profonds changements dans la vie des industriels, des logisticiens et finalement dans nos vies au quotidien.